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Cornouaille Écologie
Municipales à Quimper. Le projet de ceinture maraîchère en cinq questions
Ouest-France 10 mars 2020
mis en ligne le 10/03/20 par Reunig Kozh

C’est un projet porté par trois listes pour les municipales : installer des paysans à proximité pour approvisionner la ville. Cela est-il vraiment possible et comment ? Réponse de spécialistes.

Pour les élections municipales 2020 à Quimper (Finistère), plusieurs candidats évoquent la création d’une ceinture maraîchère, autour de Quimper, pour alimenter la ville en produits locaux et biologiques et encourager l’agriculture paysanne.

La ceinture maraîchère, c’est quoi ?

Un concept inspiré par ce qui existait, jusqu’au XIXe siècle, autour des centres urbains : des paysans cultivaient, dans la couronne entourant les villes, de quoi nourrir les habitants. À Paris, les maraîchers avaient d’ailleurs développé des pratiques agronomiques innovantes, cultivant de façon intensive de petites surfaces, alimentés en fertilisant par le crottin des chevaux.

Aujourd’hui, plusieurs territoires développent cette idée de favoriser l’installation de paysans à proximité de la ville, alimentant la restauration collective et les marchés en produits locaux et bio. C’est aussi un moyen d’assurer, sur un bassin de vie, une certaine autonomie alimentaire.

C’est enfin aider des agriculteurs dont le premier frein à l’installation reste l’accès aux terres, qui sont chères (autour de 5 000 € l’hectare en Finistère sud) et souvent destinées à agrandir des d’exploitations existantes.

Comment cela est-il réalisable à Quimper ?

Plusieurs solutions. D’abord, il ne s’agit pas d’acheter des terres déjà exploitées par des agriculteurs. « Aujourd’hui, deux tiers des exploitants agricoles ont plus de 55 ans. Il y a énormément de fermes à céder », explique Damien Séjourné, animateur régional de l’association Terre de Liens Bretagne, qui favorise justement les projets d’installation agricole.

En effectuant une veille sur le foncier, les collectivités peuvent repérer les fermes à vendre. Dès lors, elles ont plusieurs possibilités : préempter ou acheter les terres, pour les mettre en réserve foncière, comme ce qui se fait pour la construction de logements ; les mettre à disposition d’un agriculteur en encadrant sa pratique grâce à un bail rural environnemental…

À Plomelin, par exemple, la commune avait constitué une réserve foncière en vue de construire des logements. En attendant, elle louait les terres à un agriculteur. Finalement, le projet a été abandonné et, lorsque le paysan est parti en retraite, la mairie a cherché repreneur.

Cela tombait bien : Anne Desallais et Yann Paulet, deux Plomelinois, cherchaient à s’installer dans leur commune. Aujourd’hui, ils cultivent les légumes qu’ils vendent à la ferme, à l’école et au marché de Plomelin, au collège de la Tourelle de Quimper.

La commune peut aller encore plus loin, en créant une ferme communale, où le paysan est salarié. À Vannes (Morbihan), par exemple, un maraîcher a été employé pour cultiver 3 000 m² de terres. Il approvisionne en légumes trois crèches et n’exclut pas de fournir, à terme, les cantines scolaires.

La commune peut aussi installer des paysans sur des terres en friches remises en culture, comme cela se fait à Moëlan-sur-Mer. En périphérie des villes, elles sont fréquentes, les propriétaires refusant de louer leurs terres à un propriétaire, de peur de ne plus pouvoir ensuite les vendre au prix fort.

A Moëlan, Fanny Kernen, éleveuse caprin et Maël Dameron, paysan boulanger, s’installent sur des terres laissées en friches, transformées en terres agricoles par la volonté de la population, du maire et d’associations comme Terre de Liens et le Groupement des agriculteurs biologiques 29. | ARCHIVES OUEST FRANCE

Ensuite, la municipalité doit aussi s’assurer de mettre en lien le producteur et les consommateurs, grâce au soutien ou à la création de marchés, en simplifiant les marchés publics pour l’approvisionnement des cantines (« Nous utilisons la plateforme Agrilocal, en Finistère, et cela fonctionne très bien », note Anne Desallais, la paysanne de Plomelin)…

Y a-t-il assez de terres pour approvisionner toute la ville ?

Quimper seule, non. Mais élargissons à l’agglomération. Sur internet, un outil, Parcel, permet d’évaluer le nombre de terres nécessaires à la relocalisation de l’alimentation. Nous avons pris le cas de Quimper Bretagne Occidentale, dont les surfaces agricoles représentent aujourd’hui 27 469 ha.

En relocalisant 100 % de la production, en passant les terres en bio à 100 % et en conservant le taux d’alimentation carnée actuelle, il faudrait 61 900 ha. On baisse un peu les curseurs, et on arrive à un résultat convenable en relocalisant 75 % de l’alimentation, pour 75 % bio avec une alimentation moins carnée : 28 200 ha nécessaires. Ces chiffres sont, bien sûr, indicatifs.

Quelles sont les limites de ce projet ?

Des étudiants d’Agrocampus Ouest (1) ont étudié, en 2014, la possibilité pour la ville de Rennes de devenir une cité vivrière. Ils en ont conclu que la métropole seule n’était pas suffisante, mais qu’une « auréole productive » de 28 km de diamètre (ou 15 km, selon d’autres calculs) le permettrait.

Sur le média Usbek & Rica, Sabine Barles, professeure en urbanisme et aménagement à l’Université Paris 1 Panthéon/Sorbonne, pense que transformer les villes en cités vivrières est : « antithétique avec la notion même de ville, qui est précisément un espace qui ne produit pas son alimentation. Il est donc important d’avoir une vision d’ensemble de l’approvisionnement, en envisageant le rôle des productions locales dans un système alimentaire nécessairement plus vaste ».

Enfin, on le voit dans les simulations sur le site Parcel, les habitudes alimentaires devraient être revues pour relocaliser la totalité de l’alimentation : réduire la quantité de produits carnés pour réduire le nombre de terres dédiées à l’élevage et à l’alimentation du bétail.

(1) Catherine Darrot, « Rennes, ville vivrière ? Une prospective proposée par les étudiants de l’option « Agriculture Durable et Développement Territorial » d’Agrocampus Ouest », Pour, vol. 224, no. 4, 2014, pp. 405-414. URL : https://www.cairn.info/revue-pour-2014-4-page-405.htm

(2) Vincent Tardieu « L’idée de nourrir Paris grâce aux ceintures vertes est une illusion », Usbek & Rica, 08/06/2017. URL : https://usbeketrica.com/article/l-idee-de-nourrir-paris-grace-aux-ceintures-vertes-est-une-illusion

Voir en ligne : https://www.ouest-france.fr/electio...

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