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Cornouaille Écologie
COLLAPSOLOGIE : S’EFFONDRER POUR RENAÎTRE ?
Sans Transition 22/11/2018
mis en ligne le 06/12/18 par Reunig Kozh

Par François Delotte


Un monde sans voitures, sans alimentation électrique permanente et basée sur des communautés « résilientes » pratiquant la permaculture. Voici à quoi pourrait ressembler notre société en 2050, selon les partisans de la collapsologie, une « science » qui prévoit l’effondrement de nos sociétés reposant sur les énergies fossiles. Et dont les analyses sont actuellement débattues tant par des militants altermondialistes que des politiques ou des chercheur-e-s.

« Si l’on poursuit cette trajectoire exponentielle de croissance, l’effondrement de nos sociétés adviendra dans la première moitié du XXIe siècle », déclare Pablo Servigne avec une sérénité confondante, devant un parterre de 300 personnes attentives. Des paroles prononcées durant une conférence que le chercheur « indépendant », spécialiste en collapsologie — ou science de l’effondrement de la civilisation industrielle reposant sur l’exploitation des énergies fossiles — donnait à l’école d’agronomie Montpellier SupAgro, en octobre dernier. « Qui a déjà entendu parler de collapsologie ? Qui est sensible à ce sujet ? », demande Servigne au début de son intervention, avant que les trois quarts de son auditoire — majoritairement composé d’étudiants — lèvent la main.

« Tout peut s’effondrer »

L’anecdote renvoie à l’intérêt que suscite actuellement la notion « d’effondrement ». Un concept qui fait l’objet de nombreux articles de presse dans les médias. Et qui touche les plus hautes sphères du pouvoir : on se souvient du Premier ministre Édouard Philippe et de son ex-ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, discutant le 3 juillet dernier, de Collapse (Effondrement), livre de l’écrivain américain Jared Diamond, paru en 2004. « Cette question me taraude beaucoup plus que certains ne peuvent l’imaginer », affirmait alors le Premier ministre.

Lire aussi : Paul Jorion : "La spéculation augmente le risque d’effondrement"

Car cette notion n’est pas nouvelle. Déjà, en 1972, un rapport commandé par le Club de Rome à des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) intitulé The Limits To Growth (« Les limites à la croissance ») était publié. Plus connu sous le nom de « Rapport Meadows », le document alertait alors sur les dangers que les croissances économiques et démographiques font peser sur la planète.

Pablo Servigne lors d’une conférence à Montpellier en octobre dernier.

Devant la succession des conclusions alarmantes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dont le dernier rapport date de début octobre, la notion de « collapse » (effondrement) a été actualisée. Notamment par l’ouvrage Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, publié en 2015 au Seuil.

« L’effondrement, c’est le processus à l’issue duquel les besoins de bases (eau, alimentation, énergie...) ne sont plus assurés par des services encadrés par la loi », précise Pablo Servigne, reprenant lui-même la définition d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement de Lionel Jospin. Ce dernier a participé à populariser la collapsologie en France, dès les années 2010. Notamment au travers de la création de l’Institut Momentum, organisme qui se propose d’imaginer le monde de l’après-pétrole.

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Pour Pablo Servigne, agronome et biologiste né en 1978, « nous ne pouvons plus éviter un effondrement systémique et généralisé sur la planète ». Pour lui, « plusieurs crises pourraient en être à l’origine et provoquer un effet domino, car nous vivons dans un monde complexe où tout est interdépendant ». Crise financière, conflit géopolitique, grève générale, rupture des approvisionnements sont cités pêle-mêle par l’auteur. « Certains effondrements sont déjà en cours : effondrement des populations d’oiseaux et d’insectes, effondrement de la calotte glaciaire », énumère Servigne. S’appuyant sur une récente étude internationale publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences1, Servigne prédit un possible « effondrement du système terre. Entre + 1 et +3 °C de réchauffement, la planète pourrait devenir une “planète-étuve”. Plusieurs boucles de rétroaction pourraient alors se mettre en place et provoquer des emballements climatiques », décrit Pablo Servigne.


« Jeunes pousses résilientes »

Face à ce futur catastrophique, les collapsologues souhaitent l’effondrement de nos sociétés « thermo-industrielles », pour offrir « une chance de sauver le système-terre » (Servigne). Ces derniers parient sur le fait que les ressources fossiles facilement accessibles se tarissent depuis 2006, date « à laquelle nous avons atteint le pic pétrolier. C’est-à-dire que nous puisons toujours moins de pétrole que la veille », explique Vincent Mignerot, l’un des animateurs de l’association de collapsollogues Adrastia. Au-delà de cette limite, l’extraction pétrolière serait de moins en moins rentable.

Même si nos sociétés industrielles s’effondrent, cela se fera dans la douleur, affirme Yves Cochet, étonnement précis dans ses prédictions. « L’effondrement est possible vers 2020. Il est certain vers 2030. On peut perdre la moitié de la population mondiale à cause de guerres, de famines et d’épidémies », annonce-t-il froidement. Pour lui, « il faut tirer un trait sur les avions et même sur le train ». L’ancien homme de gouvernement prévoit la possibilité que le monde de l’après-pétrole entraîne la fin des superstructures politiques. « Des États comme la Libye ou la Syrie sont déjà dans des situations d’effondrement », indique Pablo Servigne. Pour limiter les « dégâts » provoqués par l’anéantissement des États, les collapsologues souhaitent la mise en place « d’un communalisme résilient low-tech », selon les mots d’Yves Cochet.

Lire aussi : Des territoires en transition

Un aspect développé dans le dernier ouvrage2 de Servigne qui, très inspiré par le concept de « villes en transition » de Rob Hopkins, prévoit l’émergence de « jeunes pousses ». Une façon de désigner des communautés locales « laboratoire d’un autre monde », où règnent l’expérimentation et la coopération. Les collapsologues citent les expériences d’autonomie menées dans les ZAD ou dans certaines communes dites « en transition ». Dans ces communautés, plus ou peu d’accès permanents à l’électricité, mais une production intermittente avec de l’éolien ou du photovoltaïque « low-tech ». Reviennent souvent les exemples du village de Trémargat (22), en Bretagne, riche de ses nombreuses exploitations en agriculture biologique, ou encore d’Ungersheim, localité du Haut-Rhin de 2400 âmes. Cette commune se reconnaît dans le concept de résilience. « Je souscris à ce raisonnement. Notre approche consiste à se demander comment la collectivité pourrait devenir indépendante en prenant soin de son environnement, assure le maire (divers gauche), Jean-Claude Mensch. Nous avons créé une exploitation bio sous forme de chantier d’insertion, ainsi qu’une régie agricole municipale. Soit plus de 20 hectares. On sait que 6 à 8 hectares de maraîchage suffisent à nourrir 2400 habitants. L’idée, c’est de consommer des produits locaux. Mais aussi d’avoir cette réserve en cas de soucis », confie le premier magistrat. En cas d’effondrement ?

Voir en ligne : http://www.sans-transition-magazine...

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